Surfer sur des Dauphins Ivres: du nanan.

Paul Hermant chronique les Dauphins sur La Première (La Première, Radio Telévision Belge)

télécharger gratuitement Les Dauphins ivres, ou les vacarmes de la cité de l’Escaut.

« Peut-être, étant à Anvers, sommes-nous également au centre du monde puisque c’est ici même que fut créée la première Bourse, la première Bourse aux valeurs, telle qu’on la connaît aujourd’hui, c’était en 1515, -les Français se battaient à Marignan-, dans une auberge où un aïeul de Rubens tint auparavant sa cuisine.

Oh, bien sûr, il existe toujours un contentieux avec Bruges qui prétend aussi avoir inventé le marché et ses cours. Mais enfin, la Bourse que se construisit Anvers quelques années plus tard, en 1531, fut le modèle, architectural compris, de ce qui se répandit après sur le continent. « Les rois d’Espagne et de Portugal, la reine d’Angleterre, le roi de Navarre, à certains moments, y accréditaient des agents diplomatiques à demeure pour la négociation des emprunts d’Etat » écrivait en 1957 l’historien Eugène Baie : une chancelière d’Allemagne et un président de France ne font pas autre chose aujourd’hui.

De sorte que nous pensions n’être que dans la crise belge et voilà que tout nous rattrape. Ah, ces Anversois ! N’auraient-ils pas eu l’eau, l’Escaut et tous ces bateaux, nous n’aurions peut-être jamais connu Lehman Brothers, Goldman Sachs et les hedge funds.

Je ne sais pas si Léopold II a vraiment dit : « Je règne sur trois sortes de gens : les Nègres, les Blancs et les Anversois », mais ça aurait le mérite d’une certaine clarté. C’est Pierre Duys qui a annoté cela en exergue d’un livre qu’il consacra à sa vie à Anvers, enfin à Borgerhout, entre 2003 et 2006 et qu’il intitula judicieusement, pour ces métropolitains, « Les Dauphins ivres » : cela se passait du temps ancien où se cotoyaient ici Filip Dewinter et Abou Jajah, quelqu’un s’en souvient-il, c’était juste avant Hans Van Themsche… C’est-à-dire lorsque tout se mélangeait à Anvers, sauf les gens : les milices islamistes comme les partis extrémistes et que l’hôtel de Ville lui-même était en péril : une quadripartite assure d’ailleurs toujours ici un gouvernement de salut local.

C’est pourtant à Anvers que fut rédigée, en plein Moyen-âge, cette Charte qui porte son nom et qui anticipait presque déjà les droits revendiqués par les révolutions modernes. Les gens ici s’honoraient, figurez-vous, d’élire leurs magistrats et de payer des impôts et les étrangers y vivaient dit-on « en plus grande liberté que dans tous les Pays-Bas ». C’est dans cette Flandre toute contradictoire, dont on dirait qu’à un moment elle a bloqué son histoire, que nous sommes aujourd’hui et l’on ne sait à vrai dire ce qui inquiète le plus ici, de BHV ou bien d’Opel Anvers, autre victime expiatoire de ce qui vient quand le marché mondial fait la politique locale et où pour l’instant l’on débraie et l’on débauche. Décidément, Nathalie, on dirait bien qu’elle nous suit partout, la crise. C’est alors que l’on se souvient que La Bourse, à Anvers, a déjà brûlé. Deux fois. Allez belle journée et puis aussi bonne chance. »

Les Dauphins lus par Christine Spadaccini

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